C’est de la vie qu’il s’agit

Elle dit la suite je n’ai pas d’histoire ni d’autre personnage. Le commencement c’est toujours lui sans lui ou sans elle. Il n’y a pas de passeur de nom derrière moi ni de bouche battant monnaie dans ma bouche. A nouveau ce moment où je t’attends où je me serre à ta ligne comme l’eau s’aligne pour commencer, le blé des mots dans chaque graine de ton regard. Ce sont des ciels et des matins pour ouvrir le monde, pour faire monter mes yeux vers la frontière. Au delà, écoute comme je respire. Je veux comprendre cette espèce rare de parole. Le corps c’est bien lui n’arrive qu’au silence parlé de cette parole, qu’à la ligne blanche  où s’efface le monde après l’avoir comblé de mots d’amour de mémoire.

Il se souvient de la nuit parcourue pour trouver l’eau du partage. Puisque c’est un feu, l’eau brûle dans son silence d’oiseau éparpillé. Et de mots entre eux au dedans dans la voix qui pousse comme un fleuve.

Au fond de la bouche, c’est la remontée des mots, raide, blafarde, grandissante. Mais la douleur du mot à la lèvre coupant tu l’arrêtes. C’est presque la mort ici tout autour. C’est passé à travers ce mot qui remonte et tâtonne. Il me reste à travers la gorge. Tu es cette corolle de silence qui plonge dans le volcan. Jusqu’ici nous serons les hôtes de nos mots, homme et femme de notre poussière de mots. Proches puis éloignés depuis que la parole est sortie de la boucle dans le temps, elle tourne dans ma bouche.

Il dit c’est le trou noir quand je parle. La trace de la cendre sur ma table quand j’écris. L’arête de vivre dans ma chair. Le piétinement. La perte. Faire surgir le haut de la langue. Sortir de sa peau. C’est comme un meurtre de s’arracher aux angles morts. Ce qui monte est encore plein de langage pétrifié. De ces pierres personne ne voyait à travers. Et dessus d’autres pierres. Au milieu j’entre. Vers toi je commence parce que tu es le nom secret. Ma vivante. Pas d’écho ni de surprise.

L’automne se pose dans ton corps, elle s’arroge une raison qui n’est pas la mélancolie. Mais une matière animée comme un tableau de Nicolas de Staël. Géométrique mais dans la perspective d’un infiniment disert. Allongée sur le lit, face au miroir, tu tiens le livre dans tes mains. A la faveur des couleurs de la reproduction c’est un double rectangle de lumière  serrée mais infinie qui bourgeonne dans la chambre. Le visage s’inscrit dans cette ligne  mélodique de l’éclat et de l’existence. La bouche: tu fais exister mon corps car je ne connais de lui que ses contours provisoires, ses apparences incertaines, mais son absolue nécessité.

Le corps comme une terre gagnée au dessus du silence quand tu es là vers moi matin de terre natale mer non-naviguée. Les mots ne comptent plus, même si tu voudrais que je te parle de moi, dis-tu. Elle le laisse caresser ses mains posées sur le livre. Elle veut des mots avec.

Elle trace des lignes comme des rivières. Au milieu du gué, entre la pierre et l’eau, brûle l’herbe de la présence. Si je disais: je t’aime à la vie, sans.

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Sans ta voix je pense mal.Ca souffle dans ma voix. J’ai du mal. A parler par les mots. Tu ne vois pas ce qui parle de toi à demi-mots à lèvre mumurée à silence muré. Aujourd’hui ça glisse comme sur un marbre mallarméen ou l’océan des exils et des sorties d’urgence. Ca glisse vers la sortie parce que le mot est mûr et qu’il bouche tout. Ce mot qui vient toujours pour réparer la vie. Où l’on est pour toujours contre le mur. Debout encore et toujours. Mais tellement fatigué de mémoire et tellement impatient d’amour. Pour commencer la vraie, l’unique, la vivante vie, mordre à la parole afin d’approcher. Oui, je songeais que ce lieu d’été et de voix est le corps du monde et que j’y avais entendu comme la  pensée d’une maison dans la maison.

J’écoute

Vincent Delerm

Diego Maradonna

Qui   toi   je dis   tu

comment entrer chez soi d’où

on part

C’est la parole pour me dire à la bouche la rose cousue à fleur de peau le trou d’où pousse le souffle. Nous habitons dedans. Dans un temps qu’on ne coupe pas. C’est toi qui es là dans l’amande dans la bouche l’oeil par qui je vois. C’est dans la peau que  ça coupe comme l’herbe sous le pied du monde. J’allais vers toi à la vie.

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